MUNCH à la Pinacothèque de Paris
Indépendamment des polémiques institutionnelles qui jettent un éclairage nouveau sur le pourquoi des choix des œuvres exposées à la Pinacothèque pour l’exposition Munch, la rétrospective proposée par le directeur de l’institution, Marc Restellini n’en est pas moins intéressante et constitue une très bonne introduction à la future exposition de ce même artiste qui aura lieu en 2010, au musée d’art moderne de la ville de Paris.
Finalement, n’est-ce pas un tour de force, sans oeuvres majeures, que de renseigner les badauds et autres curieux de l’art sur le travail d’un artiste connu principalement pour Le Cri, tableau emblématique du mouvement expressionniste. Qu’apprend-t-on au final ?, que ce tableau absent de l’exposition, n’est en rien représentatif de l’œuvre du peintre. Et nous voilà cheminant dans les salles labyrinthiques et exiguës de la Pinacothèque à la recherche d’Edouard Munch, né en 1863 et qui a 17 ans peint ce paysage de facture classique « Akerselva » (1881). Les techniques impressionnistes sont connues du jeune homme qui sait déjà jouer, comme dans ce tableau, des vibrations de la lumière dans une composition champêtre pleine d’harmonie vitale.
A Paris, il saura digérer l’influence de Seurat, Gauguin ou Toulouse-Lautrec. « La Seine à Saint-Cloud »(1890) ou « jour ensoleillé à Nice »(1891), témoignent de ce regard attentif du peintre en pleine recherche de sa personnalité stylistique.
Indépendamment du travail pictural, l’œuvre gravée de Munch est de toute beauté. On ne peut s’empêcher de saisir tout ce qui dans ce travail le rattache à un artiste comme Francisco Goya. Si le style tout en courbe, en ondulations rythmées est propre à l’artiste, thèmes et compositions forcent le rapprochement. Ainsi « La Harpie »(1894) n’est pas sans rappeler quelque affreuse entremetteuse ou sorcière des meilleurs Caprices de l’artiste espagnol !
Lorsque survient le scandale de l’exposition berlinoise en 1892, Edouard Munch est déjà reconnu par ses pairs. Symbole de la future sécession berlinoise, c’est dans cette lutte entre anciens et modernes que s’inscrit Le Cri de Munch et que se révèle cette tendance à l’expression d’une subjectivité artistique qui tend à déformer la réalité pour inspirer au spectateur une réaction émotionnelle forte. Peintre de ce qu’il voit mais aussi de l’intériorité, Edouard Munch est bien sûr profondément marqué par les drames qui jalonnent son existence. De la mort de sa mère en passant par celle de sa sœur et de son frère sans parler de l’austérité névrotique du père, toutes ces épreuves influent durablement l’esthétique munchienne pleine de ce réalisme psychique qui dans Le Cri ou d’autres œuvres de cette même période traduisent l’effroi par effet de réciprocité.
Sans pitié pour la société protestante dans laquelle il a grandit, Munch n’inscrit pas moins dans son œuvre tout le poids de la culture primitive nordique. En ce sens, il est très proche des avant-gardes de ce début du XXème siècle et devance même une certaine idée de la modernité dans sa démarche de désacralisation systématique qu’il inflige à l’œuvre d’art en lui faisant subir ce fameux « traitement de cheval ». Munch est peut-être avant la lettre entré de plein pied dans la modernité.
La douleur du geste artistique est donc présente dans l’œuvre de Munch durant toute la période symboliste de l’artiste qui s’échelonne approximativement jusqu’en 1909, date à laquelle il sort de la clinique de Copenhague. S’installant définitivement en Norvège à cette date, la période artistique qui se prolonge jusqu’à sa mort en 1944, s’oriente vers une peinture apaisée, plus sereine et colorée où les crises d’angoisse pathologique ne se laissent plus appréhender que dans le regard scrutateur que l’artiste porte sur lui-même à travers de ses autoportraits racontant sa vie de peintre au quotidien.
Célébré, honoré, Munch, tout en conservant ce style pictural caractéristique,- fait de courbes et de contre-courbes, de gestes esquissés respirant la nervosité ou de mise en abîme volontaire de la toile laissée en réserve-, réussit a nous convaincre de son goût prononcé pour la vie. Les portraits d « Inger Barth »(1921) ou de « Wilhem Wartmann »(1923), témoignent à eux seuls de son humanisme attendri assorti d’une sensibilité exacerbée qui lui permettra d’en traduire toute leur vérité psychologique.
« J’aime la vie, la vie même malade » écrivait Munch dans un de ces poèmes. C’est peut-être bien cette phrase qui résume à elle seule toute la vie de cet artiste inclassable.
