Exposition Picasso - Cézanne
L’art est histoire de filiation. Il ne naît pas ex-nihilo. Il exploite des conventions et pose des hypothèses. Il en va toujours ainsi immanquablement. D’où l’intérêt de la très belle exposition Picasso-Cézanne du musée Granet d’Aix-en-Provence.
Cézanne en père de l’art moderne et Picasso en pourfendeur des idées reçues. L’un aurait-il pu faire sans l’autre ?
L’Académisme expirait. Les impressionnistes s’étaient emparés de la couleur. Pas un sujet ne prévalait sur l’autre. Au moment où la photographie posait la question de l’utilité de la peinture, Cézanne lui, apportait une réponse. Celle de la pluralité des points de vue. La question n’était dès lors plus de tout voir dans le détail mais d’apprendre à voir autrement que par le prisme du point de vu focal unique issu de la Renaissance. Avec Cézanne, il n’est pas une vérité mais des vérités qui se complètent et s’interpénètrent. Le sujet devient prétexte. L’objet de la peinture est la peinture elle-même.
Donner à voir, c’est aussi éliminer le détail, simplifier, jouer avec la monumentalité et observer enfin la nature dans son émouvante simplicité. Une suite de cônes, de sphères et de cylindres fondus les uns dans les autres, « à l’antipode du modelé » dira Cézanne.
Ce qui compte n’est plus que tout soit inscrit mais que tout soit dit. Dès lors, ce qui relève de l’inachèvement chez Cézanne va devenir principe chez Picasso et les modernes : distorsions spatiales, jeu des différents points de vue simultanés, décomposition des volumes en facettes, réduction de la palette. La leçon cézanienne est magistralement comprise par Picasso qui collectionne des œuvres de son « seul et unique maître !», allant jusqu’à acheter la Sainte Victoire, « l’original » -celle du château de Vauvenargues- dira Picasso, facétieux à son marchand D.-H. Kahnweiler. Parmi les tableaux que possède l’artiste, du maître aixois figure La mer à L’Estaque derrière les arbres datant de 1878-1879 et Cinq Baigneuses datant de 1877-1878.
Quant on sait l’importance que revêt le thème des baigneuses dans l’œuvre de Picasso, notamment dans la création des Demoiselles d’Avignon de 1907, on ne peut qu’en apprécier la puissance emblématique.
Le dialogue permanent qu’entretient l’artiste espagnol avec les maîtres anciens et Cézanne, a sublimé l’ensemble de son œuvre. Des natures mortes aux femmes assises, en passant par les joueurs de cartes et l’arlequin, autant de thèmes réinvestis qui dialoguent avec l’histoire de l’art. Il faut les avoir en mémoire pour comprendre qu’il n’est pas de génie moderne sans la compréhension fine des génies du passé.
Soit plus de 110 peintures, dessins, aquarelles, gravures et sculptures pour évoquer l’immense richesse de l’œuvre de Picasso. Ainsi qu’une émouvante exposition du photographe américain David Douglas qui témoigne de ce que fut l’époque du « château de Vauvenargues » pour l’imaginaire créatif de Picasso de 1959 à 1961.
K.M.
Picasso-Cézanne
25 mai-27 septembre 2009
Musée Granet
Place Saint-Jean-de-Malte
13100 Aix-en-Provence
